Actuellement 26 septembre > 28 novembre 2026

Chloé Poizat

Moelle de la nuit

Moelle de la nuit

Depuis l’enfance, Chloé Poizat explore la nuit des origines et ses  profondeurs riches de tous les possibles : de la naissance du cosmos aux premières formes de la vie, des êtres fossiles aux commencements des cultures humaines.

Elle sonde le ciel, les météoroïdes et les comètes, voyageurs cosmiques qui ont peut-être transporté les premières molécules du vivant. Puis viennent, surgissant des tréfonds de la Terre, les éruptions des volcans, les cavernes habitées de chamans et d’êtres infinis.

Dans la soupe primitive et les cellules qui y foisonnent, dans la moelle des os d’où naît le sang, elle interroge le ferment de la vie. Ces éclats de science sont à la fois rêve et cauchemar, hantés par les squelettes tordus de l’ichtyosaure et de l’Archaeopteryx, hybride mi-reptile, mi-oiseau, ou magnifiés par la spirale parfaite de l’ammonite, immobile dans sa gangue de pierre. Ici, le savoir scientifique ne s’oppose pas au mythe : il en prolonge la puissance poétique.

Dans son cabinet des merveilles, elle collectionne comme des talismans les cailloux ramassés au hasard des promenades. Comme les artistes préhistoriques sculptant les Vénus gravettiennes, elle façonne la stéatite rose, verte, jaune, brune ou noire, qu’elle polit, grave, strie, orne de tourbillons : pierres-figures en forme de chouette ou de tête de cheval, fragments de corps, yeux, oreilles, sexes — lambeaux du monde qui évoquent les métamorphoses de la vie. Elle retourne les signes d’une écriture archaïque l’alphabet étrusque pour inscrire le titre de son exposition : Moelle de la nuit, désignant ainsi la matière obscure d’où surgit un monde multiple et foisonnant. 

Cet ensemble est habité de silhouettes de femmes : corps abondants des Vénus paléolithiques aux hanches larges et aux seins plantureux, à la vulve profonde ; corps plus sveltes et géométriques des idoles néolithiques.  La pierre ou l’argile cuite y enfantent une présence : aux temps premiers des cultures humaines, la figure du féminin dit l’émergence des formes. L’artiste aime ajouter à ces silhouettes acéphales une tête minérale, un caillou laissé brut. La figure en devient plus énigmatique encore, comme si elle hésitait entre le minéral et le vivant.

Il y a aussi ces parures, ces masques de papier cousu, ces colliers faits d’objets périssables — cédrats, citrons ou poncires durcis, plumes, ossements légers — qui évoquent les fragments sortis d’une fouille, une archéologie du fragile.

Par le dessin au fusain, la sculpture ou le travail du papier, par ses vidéos et ses créations sonores où résonne la musique des sphères, Chloé Poizat poursuit une quête des formes où chaque son et chaque image semble naître de la pierre, de la terre et du ciel. Ses œuvres sécrètent un univers : elles réaniment les traces du passé et les inscrivent dans un présent en devenir. Ni musée imaginaire, ni inventaire archéologique, le monde singulier qu’elle fait apparaître à nos yeux est un territoire vivant : un atelier des commencements.

Claudine Cohen, août 2026

Chloé Poizat

Née en 1970 à Saint-Cloud, Chloé Poizat vit et travaille au Pré Saint-Gervais.
Après avoir effectué ses études aux Beaux-Arts d’Orléans, Chloé Poizat a suivi pendant un an le cours de Françoise Héritier au Collège de France.
Sa pratique se fonde principalement sur l’assemblage, faisant dialoguer des fragm...

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