18 mai > 01 juillet 2017

Sandra Plantiveau

Écho

Écho

« Le rôle fondamental du livre comme espace alternatif fut définitivement établi en 1968, lorsque le marchand Seth Siegelaub commença à éditer ses artistes au lieu d’organiser des expositions. (…) Centrale était l’idée d’équivalence entre exposition et espace (imprimé) ; centrale aussi l’idée de s’adresser à un public large et implicitement international. L’exposition « Information » au Musée d’art moderne de New York en 1970 instaura le catalogue comme espace d’exposition. » Linker Kate, Glicenstein Jérôme, Mœglin-Delcroix Anne, « Le livre d’artiste comme espace alternatif. 1980 », Nouvelle revue d’esthétique, 2/2008 (n° 2), p. 13-17.
Mes premiers échanges avec Aurélie Amiot, directrice de la galerie Modulab ont eu lieu en 2015 dans le contexte singulier d’une foire parisienne dédiée à l’oeuvre originale numérotée. Marie Cantos et moi-même, toutes deux auteures de textes et d’expositions, avions fait le choix de nous servir de cet événement comme prétexte à préfigurer notre projet curatorial Architextures de paysage1, conçu en plusieurs volets. Je crois pouvoir dire que l’invitation qu’Aurélie m’a faite successivement à notre rencontre tient à la résonance qu’il y a entre mon approche de l’œuvre originale numérotée par la voie du commissariat d’exposition et la proposition de Modulab qui consiste en l’accompagnement d’artistes émergents dans l’élaboration d’une édition imprimée sur les presses de la galerie, conjointement à la programmation d’une exposition dans la galerie de l’association.
Convaincue par la voie de développement que représente la combinaison édition-exposition dans la démarche d’un auteur au sens élargi du terme, le sujet et les formes qui en découlent occupent une large partie de mes recherches théoriques et pratiques depuis plusieurs années. Pour autant je n’aurais pas souhaité répondre à la carte blanche qui m’a été offerte en proposant une exposition qui démontrerait tout ou partie des enjeux des glissements du champ de l’édition vers celui de l’exposition et/ou inversement. Ma pratique du commissariat d’exposition est à envisager comme une pratique de l’expérience des oeuvres, des lieux, de l’espace, mais aussi d’observation des processus créatifs. Celles-ci sont autant de strates interdépendantes, superposées les unes aux autres. En ce sens j’ai préféré inviter une unique artiste – dont le travail répond à cette gymnastique combinatoire – à venir développer un projet in-situ avec moi. Ainsi, l’invitation initiale s’est-elle transformée en quelque chose qui ressemble davantage à une résidence tant les spécificités de Modulab, des lieux comme des enjeux du projet, ont été prises en compte dans notre proposition. En témoignent les titres de l’exposition «Echo» et de l’édition «Echos» qui semblent vouloir creuser un sillon d’un espace à l’autre du portfolio à la galerie.
Je cultivais en silence depuis très longtemps l’envie de faire résonner l’histoire de l’art du livre et de l’objet imprimé, qui a progressivement pris de la distance à l’égard des traditions communes de la littérature et de la gravure, avec le travail de Sandra Plantiveau. Régulièrement ramenée depuis notre rencontre en 2012 à ces disciplines que sont l’impression – tant il est question dans sa pratique du dessin de gestes parfois analogues à ceux du graveur, d’encre, d’écrans, d’opacité, de mise en page, etc.- et l’édition, pour les développements et déploiements qu’elle permet à l’écriture, à entendre dans l’acception large du terme. “Faire entendre et résonner ces échos dans l’édition du portfolio et l’exposition, et de l’une à l’autre” ainsi aurait pu être formulée à l’artiste ma proposition de départ. En ce sens Sandra Plantiveau m’aura-t-elle proposé, entre autre, d’intégrer à l’exposition constituée de dessins originaux, des indices et résidus de l’objet imprimé.
Sur les presses de la galerie, lors de ses différents séjours à Metz l’artiste a produit 100 pièces uniques, réparties en 20 exemplaires contenant chacun 5 monotypes, édités dans le cadre de la collection « Portfolio » initiée par Modulab en 2012. Ainsi chaque portfolio, par son caractère unique, remet en question le statut même de l’œuvre multiple et sérielle comme pour mieux se confondre aux dessins de Sandra Plantiveau, eux-mêmes souvent partie prenante d’une série aux titres évocateurs de transformation «États de la matière, Variations, …» et forts de glissements ténus, de variations légères, d’échos imperceptibles… Ces cinq planches donnent à voir l’empreinte d’une unique et même feuille de papier de soie encrée. Les variations de gris d’une planche à l’autre tiennent des charges et décharges de l’encre, des matières usées, absorbées et poreuses. Les motifs, eux, font état de la sculpture en creux de la feuille de papier, de la dialectique positif-négatif, du chemin articulé autour du noir et du blanc et de la lumière, perceptible dans le travail de Sandra Plantiveau depuis ses débuts.
Maryline Robalo

 

Sandra Plantiveau

Sandra Plantiveau est née à Nantes en 1983. Après le D.N.S.E.P à l’école nationale d’art de Bourges, elle s’installe à Bruxelles où elle vit et travaille. Le dessin est au centre de ses recherches. Il s’agit d’adopter et d’expérimenter une attitude où l’observation est primordiale.

Le trait est à l’écoute, dan...

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2017